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Vidéo-verbalisation : la chasse aux double files est ouverte... |
Tous les jours, c'est la même histoire. À peine les commerçants de l'avenue Robert Soleau ont-ils levé leurs rideaux, que déjà, la valse des clignotants commence. Une façon « lumineuse » pour les véhicules et camions stationnés anarchiquement sur des places handicapés, des zones de livraison ou en double file, de signaler qu'ils ne sont là, « que pour quelques instants ». Le temps d'un retrait d'argent au distributeur. D'une lettre à poster. D'un pantalon à récupérer... Mais le mal est fait. Et au milieu de la voie, agrippés à leur volant, les nerfs en boule, les autres automobilistes tentent désespérément de se frayer un passage.
35 euros d'amende
Une jungle urbaine infernale, « régulièrement mise en exergue dans le cadre des conseils de quartier », dixit la municipalité, qui a décidé d'employer, dès aujourd'hui, les grands moyens pour y pallier. La nouvelle arme de choc s'appelle la vidéo-verbalisation. Elle vient s'ajouter aux patrouilles des policiers municipaux, déjà renforcées ces derniers temps. Et avec cette méthode, pas de pitié. La caméra signale le moindre stationnement illégal dès la première minute. Le PV est dressé et, comme pour les radars de contrôle de vitesse, l'automobiliste se verra prélevé. 35 euros en l'occurrence.
De quoi en dissuader un bon nombre. Et espérer une fluidification rapide de la circulation comme une meilleure utilisation des espaces de livraison. Un résultat qui serait un vrai soulagement pour les usagers qui empruntent plusieurs fois par jour cet axe central. Mais qui n'est pas forcément du goût des commerçants de Soleau qui s'inquiètent de cette nouvelle mesure. « Ca va être la misère, se désespère Joël, le patron de l'Instant café. Nos clients ne trouvent pas à se garer, les parkings sont hors de prix (N.D.L.R : 2 e de l'heure pour le nouveau parking Poirier à quelques mètres de là). Et puis nous, les commerçants, quand on en a, il faut courir toute la journée au parcmètre pour éviter le PV. J'ai dû louer un garage à 120 euros par mois, et c'est lourd financièrement». Quelques blocs plus loin, au salon Coiffure du monde, le discours a la même saveur. «Déjà, depuis les contrôles renforcés, nous avons perdu 10 % de nos clientes, affirme Fathia Hamzaoui. Elles préfèrent aller à Carrefour où c'est gratuit plutôt que de se prendre un PV ou tourner deux heures. Alors si maintenant, on perd celles qui se font déposer par leurs maris ! Il faut trouver une solution. Pourquoi ils ne font pas comme à Cagnes-sur-Mer où c'est 1e la demi-journée. Et pourquoi ne pas aider les commerçants avec des abonnements spéciaux ? ».
Un manque de stationnements accessibles ?
De son côté, Emmanuelle Grillot, la responsable du Maxi Bazar, est résolument en colère, estimant que la vidéo-verbalisation n'est pas une solution : « c'est vrai qu'il y a des problèmes de circulation, mais ce n'est pas au contribuable, ni aux commerçants de payer parce que la Ville ne trouve pas suffisamment de moyens pour le stationnement en centre-ville ! Moi j'ai parfois du mobilier lourd, alors comment feront mes clients pour le charger ? Et les commerçants qui viennent dans les banques de la rue pour déposer leurs recettes, il va falloir qu'ils se le trimbalent avec eux sur plusieurs kilomètres ? »
Avant même de fonctionner, la vidéo-verbalisation est donc loin de faire l'unanimité. «De toute façon, c'est parce qu'ils ont besoin de sous », lance, dépité, un jeune homme qui avoue s'arrêter une fois par semaine en double file pour venir retirer de l'argent à sa banque. « Je croyais que c'était pour ceux qui exagéraient, mais pas pour quelques minutes». Hélène elle aussi s'est garée quelques minutes sur un espace de livraison pour aller chercher des lunettes chez l'opticien : « mais, ils ne vont pas me verbaliser, je ne gêne personne » ! De l'inadéquation, parfois, entre l'intérêt général et l'intérêt personnel...
fbuades@nicematin.fr